« On veut donner cette chance à d’autres » - Ginette et Henri



On a repris la ferme à 20 ans. À 50 ans, notre corps nous donne des signes de fatigue. Faire la traite est de plus en plus exigeant physiquement. Et avec toute la paperasse qu’on doit remplir, notre motivation baisse. De plus, nos 3 enfants sont bien installés. Ils sont heureux dans leur métier. C’est certain que nous aurions été très contents que l’un d’eux choisisse l’agriculture, mais … Que la ferme se continue est notre plus grand souhait. Les parents d’Henri ont pu acquérir la ferme d’un producteur qui n’avait pas de relève familiale. À notre tour, on veut offrir cette chance à d’autres.


On a parlé avec d’autres producteurs qui ont transféré leur ferme pour se faire une idée de ce qui nous attendait. On s’est rendu compte que chaque situation est unique et que le scénario retenu n’était pas forcément celui envisagé au départ. Ceux qui étaient contents de leur transfert nous ont dit qu’il était important de garder confiance et d’être réaliste face aux choix qui s’offrent à nous. Ils ont ajouté : «transférer, c’est plus exigeant que démanteler, mais nous sommes fiers de voir la ferme se continuer».


Notre première action a été de s’informer. On a porté plus attention aux articles de revues où il y avait des témoignages de transfert. On a participé à des conférences portant sur le transfert. On a jasé avec notre comptable, nos partenaires financiers et nos conseillers. Tous étaient unanimes : «Dès maintenant, vous devez clarifier vos intentions, vos objectifs, vos délais. Identifier vos préoccupations, vos craintes. Préciser le profil de la relève que vous aimeriez avoir».


Nous avions plusieurs questions, en voici quelques-unes :


La résidence

Où allions-nous habiter ? Henri est né dans la maison de la ferme. Les voisins sont loin et on a une magnifique vue sur le fleuve. L’idée de quitter notre maison ne nous souriait pas tellement. Après plusieurs heures de discussions, nous sommes venus à la conclusion que pour faciliter le transfert, il serait préférable de quitter la maison. À partir de cela, on a été capable d’imaginer le projet d’une nouvelle maison et la possibilité de créer un nouveau milieu de vie.


Le prix de vente

On savait qu’on ne pouvait pas vendre la ferme à la valeur marchande, mais on ne voulait pas la donner non plus. On voulait un prix juste. Un prix qui répond à nos besoins tout en permettant à la relève d’arriver. Avec une équipe de conseillers, nous avons identifié trois options avec lesquelles nous étions à l’aise. On était ouvert à ce qu’une partie du prix de vente nous soit versée plus tard. Il paraît qu’il peut être possible d’obtenir une garantie de la Financière agricole du Québec pour le montant qu’il nous reste à recevoir.


Le type de transfert

Lors d’un transfert non apparenté, on nous dit qu’il est moins fréquent de faire de la cogestion avec les repreneurs et qu’en général la ferme est transférée en bloc. Mais à 50 ans, on se trouvait trop jeune pour tout arrêter. Intégrer graduellement une relève était notre idéal. Nous étions prêts à faire de la cogestion pendant environ 5 ans. Par la suite, on pensait continuer de travailler à la ferme selon les besoins des repreneurs.


Le délai

On s’est donné 2 ans pour trouver une relève. Ça nous permettait de commencer à nous faire à l’idée que la ferme ne serait plus dans la famille, de commencer à nous détacher sans nous désengager et d’imaginer notre vie quand nous ne serions plus agriculteurs. La ferme c’est toute notre vie. C’est difficile de se voir heureux ailleurs. On a choisi de se donner du temps tout en faisant savoir qu’on cherchait une relève.


La décision

Finalement, après 6 mois de réflexion et d’analyses, Ginette et moi en sommes venus à la conclusion qu’on avait notre relève sous les yeux et qu’on ne la voyait pas. En effet, notre nièce travaillait à temps partiel pour nous depuis trois ans. Elle avait exactement le profil que nous recherchions. Alors, un samedi soir, on l’a invitée à souper. On lui a partagé nos intentions. On a parlé de notre vision. On lui a mentionné qu’elle pourrait être notre relève. Candidement et avec beaucoup d’émotions, elle nous a avoué que c’était son rêve, mais qu’elle ne savait pas comment nous en parler.


La relève est souvent plus près de nous qu’on le pense!

TRANSFÉRER SA FERME ...

Ce projet est une initiative du Comité Relève agricole de la Table de concertation bioalimentaire du Bas-Saint-Laurent